Maurice Vauthier
1921-2007

Biographie

À neuf jours de ses 86 ans, Maurice Vauthier nous a quittés. Cet auteur incontournable du Signe de Piste a donné 14 titres à la collection parmi lesquels Faon l'héroïque, couronné par l'Académie Française, grand prix du salon de l'enfance. Comme personne, Maurice Vauthier savait nous faire passer du rire aux larmes. Combien de lecteurs et de lectrices ont-ils pleuré sur les pages de Faon, d'Amaël ou d'Amer Guy-Loup ? Combien ont ri aux larmes avec Rue de la Poste-aux-Chevaux, La Terrible bombe X ? Pilier de la collection, membre des Amis du Signe de Piste depuis leur création, Maurice Vauthier passait néanmoins pour l'un des plus mystérieux auteurs du Signe de Piste. Sa santé vacillante l'empêchait de participer aux nombreuses séances de dédicaces.
« Prononce une seule fois mon nom, et tu me feras revivre. » Cette épitaphe trouvée sur des tombes égyptiennes s'applique admirablement à Maurice Vauthier, qui continuera à nous enchanter au travers de son oeuvre. Conteur merveilleux, il nous laisse plus d'une vingtaine de romans. Les principaux ont été réédités dans la collection Totem, aux éditions du Triomphe.

Voir également ci-dessous, le témoignage « Maurice Vauthier vous parle… »

Ci-dessus : Maurice Vauthier vers  1960.

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Bibliographie

Les dates indiquées ci-dessous ne comprennent que celles des premières éditions dans chaque série. Les dates de réimpressions ne sont pas mentionnées.

Dans les collections Signe de Piste

Série des enfants meurtris
- Faon l'héroïque (Cycle des enfants meurtris 1), SDP 159 (1962), SSDP 33 (1972), NSDP 19 (1976), JDA (2000), Totem (2006)
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- La vengeance de Gildas (Cycle des enfants meurtris 2), SSDP 6 (1971), Elor (2001)
- Aimer Guy-Loup (Cycle des enfants meurtris 3), NSDP 79 (1979), Elor (2002)

Cycle Amaël
- Amaël (Amaël 1), NSDP 118 (1981)
- Le sang des Amaël (Amaël, 2), NSDP 124 (1984)
- Amaël Prince de la Jeunesse (Amaël, 3), NSDP 132 (1986)

Fantaisie
- Rue de la Poste-aux-chevaux, SDP 131 (1959), NSDP 108 (1980), T (1999)
- La terrible bombe X, SDP 165 (1964), T (2000)
- Mont-Sauvage, SDPJ 13 (1958), = Neuf plumes rouges, JDA 53 (1999)
- Ecoute, petit loup..., SDPJ 23 (1964), éd. G.P. (1972), JDA 26 et 27 (1994)

Aventure
- Quand chantera l'oiseau Quetzal, SSDP 73 (1974), T (2005) >>> en savoir plus
- Croisade en fraude, NSDP 40 (1977), JDA (2005)
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Histoire
- Fils d'Alexandre, NSDP 136 (1987), T (2000)
- La fille de Minos, SDPF (1996)
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Chez d'autres éditeurs

- La planète Kalgar, éd. Hachette (1966), éd. Sang de la Terre
- Des galères pour Saint Marc!, éd. G.P. (1974), Totem (2001)
- Santos, éd. G.P. = L'homme de Citadelle, éd. Téqui (1993)
- Les Jean de l'Aumaille, éd. Téqui (1993)
- Vespasien, éd. ELOR (1995)
- Je t'appelle Zabur, éd. du Cerf (1996)
- Bombes en bémol, éd. ELOR (1998)

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Maurice Vauthier vous parle...

Je m'appelle Maurice Vauthier. Je passe pour l'auteur le plus mystérieux de Signe de Piste parce qu'on ne me rencontre pas dans les réunions de signatures ou autres festivités sympathiques, et que j'ai de la peine à recevoir des visiteurs. A cela, la raison la plus bête (et la plus méchante): nécessité médicale. Laquelle étant venue ainsi que l'on va lire.

Né le 9 septembre 1921 à Chang-Haï, où mon père enseignait les Sciences aux jeunes Chinois à l'Institut français "L'Aurore" (en compagnie de celui d'Hervé Bazin qui professait le droit), j'en fus ramené sans attendre que les dents me poussent.

Mon enfance s'est déroulée en Saintonge dans une maison équipée d'une tourelle romantique, restée chère à mon cœur. Le collège N.D. de Recouvrance, alors en pleins champs, se trouvait à quelques portées de fusil. Je n'y fusillai pratiquement personne au cours des onze années que j'y passai, l'exception concernant peut-être les quelques regards douteux décernés à ceux des professeurs qui surestimaient mes capacités de travail et prétendaient en tirer conséquence. Péchés d'intention largement amnistiés, je pense, par la tendresse que je vouais à ces prêtres admirables sitôt libéré de leur férule.

Petit louveteau, la 1ère St Eutrope Saintes m'a nourri parallèlement pendant cinq ans du lait de Baden-Powell. Et plus tard, ce fut aux mêmes sources que durant mes études de droit je me rafraîchissait dans les bons jours de la semaine -- belles criailleries des cours de patro, grands jeux des colos, le tout en tant que dirigeant, puis fédéral du mouvement "Cœurs Vaillants" sous la haute direction du bon abbé Courtois.

C'était la guerre. Avocat stagiaire, je venais de perdre sans beaucoup de gloire ma première cause, quand les autorités du S.T.O. jugèrent plus conforme à la bonne marche de la Justice d'orienter autrement ma carrière. Requis comme bûcheron sans en avoir les bras (on ne connaissait en ces temps que la cognée et la scie à la main) je m'y révélai franchement indigne de la situation. Mais quand on pèche par amour-propre, on veut tenir quand même, on pousse un peu, beaucoup, on se laisse conseiller des drogues dopantes dont on ignorait alors qu'elles étaient dangereuses, on en abuse... Et on se retrouve dans ses foyers avec une santé et une vie fichues. Pas drôle, mes enfants. Que faire ?

Se souvenir d'abord du cher Aristote selon lequel le pire mal comporte une bonne part. Et chercher quoi. Puisque toute médaille possède son revers, pourquoi tout revers n'aurait-il pas sa petite médaille ? Dans l'océan de maux de crâne (et autres agréments) désormais mon lot, il me restait quelques créneaux. Par routine j'achevais une thèse de droit civil -- que je ne pus, physiquement, jamais soutenir. Suivit la mise aux dimensions classiques (1.740 vers) de ma tragédie (pastiche) Vespasien, dont nous avions naguère joué la première ébauche au Théâtre des Etudiants de Combloux, à grand renfort de déclamations et de draps de lits sur fond d'alexandrins de quatorze pieds. Résultat: un chef-d'œuvre, sans la flatter. Mais qui ne sortit jamais de son tiroir qu'en 1994.

Deux échecs, donc. Mais qui m'apprirent une chose étonnante: à savoir, qu'aussi décati que l'on soit, c'est bien le diable si l'on arrive pas à mijoter chaque jour quatre ou cinq lignes de vers ou le double de prose; que dix multiplié par trente font trois cent au bout du mois, et presque un roman dans l'année. Tel est mon secret.
Là-dessus, un coup de main de la Providence, les Archanges prenant l'apparence des directeurs de la Collection Signe de Piste, Dalens, Foncine, tous deux chaleureux, draineurs de compagnons, indulgents ou critiques dans la juste mesure, ayant surtout la qualité, à mes yeux inespérée, d'apprécier ce que je leur présentais. Bref, mon premier livre.

Vingt et un autres suivirent, plus deux recueils de contes, deux romans pour adultes et ladite tragédie. On en trouvera la liste plus loin. Me posera-t-on la question classique: "Votre préféré ?". Classiquement, la réponse varie avec la date: le dernier paru. En son temps, j'aurais pu dire "Fils d'Alexandre !" dont l'idée me vint en découvrant mention dans un catalogue numismatique du jeune Alexandre IV; fils du Grand, aujourd'hui oublié de tous, mais au nom de qui les monnaies de l'empire furent tout de même frappées pendant treize ans. J'eus beaucoup de mal à recueillir les sources (pour l'anecdote, cette perle ravissante extraite de la Grande Encyclopédie Larousse 1974 -- page 5.864: "... Il fut convenu que si
le fils à naître d'Alexandre était un garçon..."), leur rareté expliquant l'abstention des historiens sur un sujet pourtant attirant. Mais un romancier, pourvu qu'il respecte les données connues, a bien le droit d'imaginer et le devoir d'embellir ?

Le personnage, son destin ont une place toute fraîche dans mon cœur. Avant lui, Amaël, dans ses trois volumes, en a possédé une également privilégiée. Et avant ces deux là, pour bien dire, tous les autres à leur tour. Mais pourquoi celui de Faon l'héroïque vient-il les bousculer, s'imposer une fois de plus ? Je correspondait alors avec un jeune garçon de son âge qui n'avait que la mort pour avenir. Il fallait bien que je m'en console, en donnant à Faon, son frère, la grandeur d'un idéal, la dimension qui le magnifiait. "Je crois à la Résurrection", clé de toute épreuve en ce monde. Dans son "Art poétique", Boileau conseille: " Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuriez". Oui, j'ai pleuré au long de ce livre, et par les témoignages de mes lecteurs et lectrices, je sais que je n'ai pas été le seul.

Pour aujourd'hui, voici mon pensum presque achevé. Qu'en conclure ? J'ai soixante dix-sept ans. J'habite sur un carrefour, dont le vacarme me gêne de moins en moins, car mon oreille faiblit. A la moindre tristesse, un coup d'œil par la fenêtre me remet en pleine vie. Les passants, les commères, les chiens remorquant leur maître, les gamins rentrant de l'école, mille incidents minuscules. Chaque automne, grâce au téléphone, je fais planter dans un bout de forêt familiale des arbres que je ne verrai jamais -- afin de le faire pardonner ceux que j'ai jadis (si mal) coupés. Et puis je songe en philosophant comme le lièvre en son gîte. En ce monde rien ne va comme nos rêves. Rien non plus n'est aussi tragique que nos cauchemars. Comme celle de beaucoup, mon existence m'a fait plus que je ne l'ai faite.
Voilà encore un grand secret:
"Laisse faire la vie" disait mon cher St-Ex. aux jeunes qui s'en tourmentaient. Ainsi tout sera bien. Et je peux reprendre l'ouvrage en cours: une manière de testament spirituel qui n'a pour but que de s'amuser. Il faut savoir rester sérieux.

Maurice VAUTHIER, octobre 1998.

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