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Signe de Piste : Daniel Valiant, vous avez obtenu en 1976 le « Prix des moins de 25 ans » pour Ciel des sables, votre premier roman. Comment votre manuscrit y est-il arrivé ? Daniel Valiant : Il existait dans le prix des moins de 25 ans, un "second prix" dit "du synopsis". En 1974, j'ai donc envoyé le synopsis de Ciel des Sables à Gilles Delacour, président du Jury de l'époque et j'ai finalement remporté le prix du Synopsis. L'année suivante, j'ai à nouveau tenté ma chance, mais avec un roman entièrement rédigé. Et vous connaissez la suite. C'est à partir du dîner qui a eu lieu rue de Parme dans le 9ème arrondissement, que j'ai fait la connaissance de toute l'équipe : Dalens, Foncine, Robert Alexandre, Gilles Delacour, Alain Gout, Jean Valbert, Jean-François Pays…
Pourquoi avoir choisi la collection Signe de Piste ? La connaissiez-vous déjà avant d'y être publié ? Oui, bien sûr ! Avec mes cousins, lorsque nous étions pré-ados et jeunes ados, ma grand-mère nous lisait des passages du Bracelet de Vermeil, du Prince Eric ou de La Forêt qui n'en finit pas. A l'époque, les Chocolats Suchard glissait également dans leurs tablettes des vignettes qui reproduisaient les dessins de Pierre Joubert. Mes cousins et moi collions ces vignettes dans les albums cartonnés fait exprès par Suchard. C'est un souvenir extraordinaire. J'ai retrouvé le Signe de Piste en 1972, sur les tourniquets-présentoirs d'une librairie, à Bourg-la-Reine, notamment avec La Tache de vin de Serge Dalens. Je l'ai acheté et je l'ai lu. D'un coup tous mes souvenirs d'enfance sont remontés à la surface. J'ai en même temps découvert la pub du Signe de Piste sur l'appel lancé aux jeunes auteurs, par le biais du Prix des moins de 25 ans. Comme j'écrivais déjà un peu, je me suis lancé dans l'aventure.
Comment cela s'est-il passé ? J'ai peu de souvenirs sur le prix des moins de 25 ans pour la simple raison que les jeunes qui composaient le Jury étaient censés ne pas connaître les candidats. Il est vrai que je suis un peu un cas à part dans le sens où grâce au prix du synopsis, j'ai pu les rencontrer. Je garde de Gilles Delacour l'image d'un jeune homme souriant, chaleureux, sympathique, très intelligent et très fin critique. Puis j'ai rencontré Delphine Roughol à plusieurs reprises, une jeune femme toujours très positive, d'une bonne humeur communicative, très attachée au Signe de Piste et à son esprit. Il y a énormément de filles qui ont lu et qui lisent encore les Signe de Piste ; elle les symbolise très bien. Le dîner : j'ai oublié le nom du restaurant où le (la) Président(e) nous invitait à venir, mais c'était assez proche du 18e arrondissement où j'avais une chambre d'étudiant à l'époque. La première fois, j'ai reçu une lettre m'informant que j'étais lauréat du prix du Synopsis et que je devais me rendre au restaurant X.... vers 19h30. J'y allais à pied. Au début, je me suis trouvé, très intimidé, avec les premiers arrivants, dont Gilles Delacour, devant une immense table, dans un décor simple. Très vite les présentations sont faites, et devant l'élégance avenante de Serge Dalens et le bonhomie souriante des deux Pierre (Joubert et Lamoureux/Foncine) l'ambiance s'est réchauffée. Le repas était simple mais bon et les anecdotes fusaient. Le prix des moins de 25 ans de l'époque était la Clermontoise Hélène Montardre avec Les Garçons sous la Lande. Robert Alexandre était également présent, puisque les anciens lauréats étaient invités. Un toast joyeux proclamait les résultats et nous recevions nos chèques : 1000 FF pour le prix du synopsis et 5000 FF à valoir sur les droits d'auteur pour le Prix des moins de 25 ans. L'argent ne comptait pas : ce qui importait, c'était d'une part de faire connaissance avec des gens qui vous faisaient rêver depuis l'enfance et d'autre part, on nous offrait sur un plateau la possibilité d'intégrer une équipe formidable, pour être publié mais aussi pour donner un peu de son temps à l'Association des Amis du Signe de Piste (si on le voulait) !
Pourquoi avoir choisi de publier sous un pseudonyme ? En 1976, j'étais en maîtrise à la fac et j'avais entre autres comme professeur Michel Serres en Histoire des Sciences et des Techniques. Je préparais donc ma maîtrise et, à l'époque, il n'était pas bien vu de se disperser. C'est pourquoi j'ai choisi de prendre un pseudonyme, pour éviter tout conflit avec mes professeurs. Aujourd'hui Michel Serres est Académicien et épistémologue célèbre ; il adore Tintin et Pierre Joubert, mais à ce moment là, je ne le connaissais pas assez pour le savoir ! Pour la petite histoire, lorsque j'avais 10/12 ans (et même plus tard) j'étais un fan de la lecture des aventures de "Prince Valiant" (en français "Prince Vaillant"), le héros B.D. de Harold Foster. J'ai donc choisi mon nom de plume en hommage à ces lectures de jeunesse.
Avez-vous été influencé ou marqué par certains romans pour écrire vos deux Signe de Piste ? Il est clair que le souvenir du Bracelet de Vermeil et des romans de Foncine ont joué un rôle capital dans mon imaginaire, avec Jules Verne, Flaubert, Dumas. Je dirai même à égalité avec eux. A un moment, j'étais tellement dans la saga du prince Eric que j'ai rédigé La Croix Noire sur un schéma très proche, du point de vue de l'intrigue. Quand le manuscrit a été terminé, je l'ai envoyé à Alsatia, en 1972, et Foncine m'a répondu que l'on ne publiait pas des histoires qui étaient une (mauvaise) répétition de l'intrigue du Bracelet. Cette bonne baffe m'a remis d'aplomb et je me suis mis sérieusement au travail pour écrire les premiers tomes de la Légende du Goéland Blanc. Une autre influence à noter : celle de Jean-François Pays, qui m'avait fait rêver avec Marcus Imperator. Pour me figurer mon propre héros, Cédric Asgard, je m'étais servi du dessin de Gourlier, qui représentait les traits de Marcus Aurélius sur la couverture du livre publié à l'époque dans la collection "Rouge et Or", et réédité ensuite au Signe de Piste.
De quelle manière procédez-vous pour écrire vos romans ? Pour Ciel des Sables comme pour les autres, il y a d'abord l'étape du synopsis et la mise en forme de la progression dramatique, avec un découpage de l'action par chapitres. Je notais tout dans un carnet format A5 : noms et biographie des héros, synopsis, pistes possibles pour développer l'action, dessins, cartes, plans pour ne pas décrire n'importe quoi et être constamment cohérent, même dans l'invraisemblable. Puis vient la page blanche, au début avec des petits carreaux 5 mm puis par la suite sur support blanc. C'est aussi une solitude inévitable, mais pas totale, car je mets une musique sur tout ce que j'écris : par exemple pour Ciel des Sables, il y a eu Grieg (Peer Gynt), Dvorak (Symphonie du Nouveau Monde), List (Concertos pour piano, Préludes et Faust). Pour La nouvelle version de La Croix Noire, il y le Triple Concerto de Beethoven, Harold en Italie, Berlioz, etc.... Ensuite vient la dactylographie, très pénible jusqu'en 1985. Depuis, j'utilise l'ordinateur pour la mise en forme, mais j'ai toujours une phase d'écriture à la main et un fond musical approprié. Autour de toute cette création : une documentation abondante, de nombreux livres et maintenant Internet. J'écris un premier jet : parfois cinquante pages d'un coup. Je peux rester un mois sans rien faire et reprendre avec la même verve. Les corrections sont peu nombreuses sur le manuscrit, mais avant de taper à la machine, je réécris des pages entières. Avec le traitement de texte, on fait ce que l'on veut ; c'est d'une souplesse magique !
Vos deux romans ont été illustrés par Pierre Joubert. Comment avez-vous travaillé avec lui ? Je n'imaginais pas une seconde que je pouvais travailler en collaboration avec Pierre Joubert. A ma grande surprise, lorsque le texte définitif de l'épreuve de Ciel des sables fut adopté, (corrigé notamment par Dalens et Foncine), Foncine m'a demandé si je voulais travailler avec Joubert. Je n'ai pas hésité longtemps. J'ai relu mon texte, j'ai choisi une vingtaine de passages, j'ai pris mes dessins, ma documentation, mes crayonnés, et je me suis rendu à Meudon dans la villa de Pierre Joubert. Ce devait être en septembre, au début de l'automne. Imaginez un bureau lumineux, envahit de documents, de livres d'histoire, de bouquins sur l"héraldique, passion de Pierre. Et moi, j'arrivais avec mes brouillons ridicules, mais tout de même avec un très beau livre sur les Vikings, magnifiquement illustré, avec des photos de fouilles archéologiques, des dessins somptueux sur la technique de construction des drakkars et des snekkars. Ça, il a aimé ! À ma très grande surprise, il a pris mes crayonnés, mes dessins, mes choix de textes. Puis nous avons longuement discuté autour d'un goûter. Je suis reparti la tête pleine d'images, avec l'impression d'avoir voyagé dans le temps et l'espace. Car outre notre travail, il a pris le temps de me montrer ses lavis originaux les plus beaux et la préparation d'illustrations pour une collection historique. Joubert, c'est un artiste intemporel, infatigable, une douceur qui invite à la communication. Cet après-midi là reste un des plus beaux souvenirs de ma vie d'écrivain. De ce travail en commun, voici ce que Joubert lui même a écrit: « Après des années d'isolement, les directeurs de Signe de Piste ont enfin daigné à nouveau me mettre en contact avec un "auteur". Il a l'âge de Dalens à l'époque du "Bracelet" et le connaissant, ayant parlé longuement de son livre, j'ai repris un très grand plaisir à participer à son oeuvre. J'espère qu'il y aura encore de nombreuses aventures pour Cédric. Merci Daniel, P. Joubert ». Ce fut un émerveillement lorsque j'ai découvert l'original de la couverture, puis les lavis illustrant le roman. L'aventure s'est reproduite pour La Caverne du Temps, avec une complicité accrue. Il a été tiré des affiches de la couverture de Ciel des Sables, à partir de laquelle j'ai fait réaliser une photographie de grande dimension qui occupe tout un pan de mur de mon bureau. Joubert ne me quitte pas des yeux, encore aujourd'hui.
Quelles étaient les relations de Dalens et Foncine, les deux directeurs de la collection, avec un jeune auteur du Prix des moins de 25 ans ? Elles étaient excellentes, bien entendu ! J'ai rencontré de nombreuses fois Dalens et Foncine, à Paris, Saint-Cloud, Malans… Eux-mêmes sont venus chez moi en Bourgogne toute proche où je possède une maison de famille. C'était dans les années 70, à l'époque ou débutait l'Association des Amis du Signe de Piste qui s'était installée sur les Champs Elysées, rien que ça ! Mais c'était digne du Prince Eric... Heureux temps où nous étions chez Alsatia puis aux éditions de l'EPI. A noter que l'auteur de La Bible de Chambertin, Jean-François Bazin, journaliste, écrivain, est Bourguignon comme moi et a été Président du Conseil Régional de Bourgogne. Une petite anecdote : un soir, alors que j'étais avec un ami à Malans, hébergé chez Jean-Louis Foncine, nous allons chez Serge Dalens, de manière impromptue. Une bande de scouts était de passage. Il y avait tout d'un coup 20 personnes affamées. Je crois bien que Alain Gout était là, lui aussi. Serge Dalens a vite trouvé la solution : deux gigantesques marmites, quelques kilos de pâtes, une sauce tomate et du Comté, et hop, nous nous sommes retrouvés 20 convives autour d'une table immense, riant et chantant jusqu'à minuit. C'était ça l'ambiance Signe de Piste.
La Légende du Goéland blanc devait comporter quatre titres. Que sont devenus L'Oiseau blessé et La Croix noire, troisième et quatrième tomes de la série ? Effectivement, La Caverne du temps fait suite à Ciel des sables. Les autres épisodes sont tous plus ou moins rédigés, soit à l'état de « manuscrits premier jet » à relire puis à injecter dans un traitement de texte (à l'époque de Ciel des sables c'était encore la machine à écrire) soit précisément en ébauche tapée sous Word, mais inachevés. Cela représente une masse énorme d'écrits, donc beaucoup de temps pour reprendre tout cela, ce que j'essaie de faire notamment pour ce qui concerne La Croix noire qui, primitivement, devait être le premier tome de la série. Aujourd'hui proviseur de lycée, mon temps est bouffé par la vie professionnelle un peu comme un chef d'entreprise. Je n'ai actuellement pas vraiment le temps suffisant pour écrire dans la durée, durée qui est indispensable pour écrire ce genre de roman.
Propos recueillis par Eric Bargibant. Décembre 2003
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