Jean-Marie Dancourt

Biographie

Jean-Marie Dancourt est entré dans la famille « Signe de Piste » en écrivant Minh de la rivière Thaï, roman édité dans la collection « Rubans Noirs », et récemment réédité dans la collection Totem, dans une version modifiée.
Aujourd'hui à la retraite, Jean-Marie Dancourt a travaillé durant 35 ans dans une maison d'édition musicale et a sillonné le monde : New-York, Colombie, Autriche, Maroc, Italie, Pays-Bas…

Bibliographie

Dans la collection « Rubans Noirs »

Minh de la rivière Thaï (1959) >>> En savoir plus...

Dans la collection « Totem »

Minh de la rivière Thaï (nouvelle édition) (2000)
>>> En savoir plus...

Interview

A l'occasion de la réédition de « Minh de la rivière Thaï » dans la collection Totem aux éditions du Triomphe, nous sommes allés rencontrer l'auteur, Jean-Marie Dancourt à son domicile parisien...

Signe de Piste : Dans « Minh de la rivière Thaï », le récit est à la première personne du singulier, ce qui le rend particulièrement vivant. Est-il autobiographique ?
Jean-Marie Dancourt: Non. Du reste il est indiqué « roman » et non « récit ». C'est justement pour rendre cette histoire plus vivante que j'ai utilisé la première personne. Je n'ai jamais dit ou voulu faire croire que j'étais le héros de ce roman. J'ai trop de respect pour ceux qui ont combattu là-bas et ailleurs pour vouloir usurper leur courage et leur mérite.

S'il n'est pas biographique, peut-être s'est-il enrichi d'expériences vécues… Il s'agit sûrement d'un sujet qui vous tient à cœur…
Ce roman s'est bâti sur diverses bases se complétant. J'ai toujours eu une sympathie particulière pour l'Indochine car mon grand-père y a vécu 31 ans en début de siècle et mon père 20 ans. Ma jeunesse a été passionnée par leurs récits. J'ai eu un cousin qui s'est trouvé en Indochine durant la guerre franco-vietnamienne, un ami aussi. Leurs récits m'ont apporté bien des renseignements. De même j'ai disposé d'une abondante documentation de revues militaires, ainsi que de photos illustrant celles-ci. Ayant fait mon service militaire pour finir Aspirant, j'ai eu connaissance de l'armement de l'époque. De tous ces éléments, je me suis servi pour donner matière à mon imagination. C'est un sujet qui me tenait à cœur à l'époque et que je ne renie aucunement actuellement.

Minh et les autres personnages de votre livre ont-ils existé ?
Non, Minh n'a pas existé, mais il est certain qu'il a existé de jeunes vietnamiens ayant vécu des expériences semblables. Par contre, j'ai utilisé des personnes réelles pour les faire agir dans des situations qu'elles n'ont pas connues.

Dans sa première édition en 1958, dans la collection « Rubans Noirs », votre ouvrage comportait une seconde partie racontant l'intégration mouvementée de Minh en France. Pourquoi ne pas l'avoir reprise dans l'édition actuelle ?
Car à mon avis, et à celui de l'éditeur, cette deuxième partie créait un déséquilibre par rapport à la première. Serge Dalens et Jean-Louis Foncine me l'avaient imposée alors que je n'étais qu'un jeune auteur. Leurs raisons ne m'avaient pas convaincu et j'avais dû écrire le plus rapidement possible une suite française à la partie indochinoise. Actuellement, si cette suite devait reparaître, il faudrait sans doute ajouter un chapitre ou deux et faire quelques modifications.

Quel est, selon vous, l'intérêt de rééditer un titre ''d'actualité'' lors de sa parution, mais qui pourrait aujourd'hui paraître périmé ?
Si ce roman n'est plus d'actualité, il fait partie de l'histoire. Il raconte aux jeunes de notre époque des événements qu'ils n'ont pas connus. A l'heure où, plus que jamais, « les Français ont la mémoire courte », il est bon de la leur rafraîchir.

« Minh de la rivière Thaï » est le seul titre de votre plume paru… Y en a-t-il d'autres en réserve ? Avez-vous des projets ?
Oui. « Juanito, gamin de Bogota », qui raconte l'histoire d'un jeune Colombien confronté à l'adversité, mais qui parvient, malgré tout, à la surmonter. Ce titre semble retenu par les éditions du Triomphe. J'ai aussi un roman de fiction, « Daniel-Stéphan » qui se passe aux Indes dans les contreforts de l'Himalaya. Une énigme de double personnalité qui ne sera résolue qu'au prix d'une recherche déchirante. Des projets ? Voir déjà paraître les titres précisés, ce qui me laisse une certaine marge pour réfléchir ultérieurement à d'autres sujets.

Entre la parution de « Minh » et aujourd'hui, qu'avez-vous donc fait ? Pourquoi ne pas avoir continué à écrire ?
Mais si, j'ai continué à écrire, même si mes romans n'ont pas été retenus, pour des raisons diverses, plus ou moins valables. J'avais 25 ans quand j'ai commencé à écrire « Minh de la rivière Thaï ». J'ai travaillé durant 35 ans dans une maison d'éditions musicales, et consacré ma vie à l'amitié et aux voyages: New-York, Colombie, Autriche, Maroc, Rome, Copenhague…

Propos recueillis par Eric Bargibant.

Générations Signe de Piste : Jean-Marie Dancourt

" En ce temps-là "… ou: " Il était une fois "… Je remonte à 1948, ou j'y redescends. J'étais alors un adolescent plus ou moins prolongé qui se retrouvait très souvent au magasin " Signe de Piste " situé rue Garancière, juste derrière le chevet de Saint Sulpice.

Comment en étais-je venu là ? " Ad angusta per angusta " (comme disaient les personnages imaginés par Georges Ferney). Etant pensionnaire au collège de Juilly, tenu par les oratoriens, ma sœur m'avait écrit pour me persuader de lire " Le bracelet de vermeil " de Serge Dalens. Par une sorte d'esprit de contradiction que je ne m'explique guère, je tardai à me décider et finis par le faire, las des relances de ma sœur.
J'achetai donc ce fameux roman scout et le lus d'une traite. J'étais enthousiasmé par les personnages, l'action, cette histoire d'amitié, le style allègre de Dalens et les dessins splendides de Joubert.

J'avais mis le doigt dans l'engrenage et je ne savais pas que cela m'entraînerait aussi loin dans tous les sens et que cela durerait si longtemps.
Je fis donc le siège du magasin " Signe de Piste " tenu alors par Jean-Louis Foncine et où Jean-Claude Alain tenait de temps en temps la caisse.
Après " Le bracelet de vermeil " je dévorai toute la suite mouvementée des épisodes princiers jusqu'à la " Mort d'Eric ".

Et puis il y eut Foncine: " La bande des Ayacks " et sa verve iconoclaste (entre le " Zéro de conduite " et " La guerre des boutons "), " Le relais de la Chance au Roy " et toutes les aventures au " Pays perdu ", ce mélange de mystère, de grand jeu, d'amitié où la forêt créé un climat si particulier.

A cette époque, si lointaine déjà, les Editions Alsatia avaient à cœur de publier régulièrement des romans dont on attendait la sortie avec impatience, quelle que fusse la qualité des textes et des illustrations (Joubert n'illustrait pas tout).
Puis, pour moi, il y eut " L'étranger dans la patrouille " de Jean-Claude Alain. Roman qui me donna l'audace de faire la connaissance de celui-ci (au magasin), de devenir son ami, et, grâce à lui, d'entrer en relation avec Serge Dalens, Jean-Louis Foncine, de côtoyer Georges Ferney lors de ses nombreux passages au magasin et au cours de dédicaces toujours pétillantes de malice.
Il y avait une animation constante dans cette boutique relativement petite dont l'activité la plus rémunératrice était la vente des romans " Signe de Piste " et autres ouvrages sur le scoutisme, et celle des photos de Manson, Jos, Foncine, Aiglon entre autres.

Il était de tradition de faire des séances de " signatures " en fin d'année. Cela se passait dans les réserves du magasin, dans une salle allongée assez grande où les principaux auteurs venaient combler d'aise de nombreuses frimousses de garçons et de filles (la plupart scouts… et en uniforme) avec aussi quelques adultes, parents ou " afficionados ".

A cette époque, on venait tout juste de sortir de l'après-guerre et on entrait dans les années de renaissance dans tous les domaines. D'où une certaine nostalgie pas uniquement causée par les décennies qui passent et les amis disparus.
Par l'intermédiaire de J.-C.A. je fis mon entrée dans le scoutisme, ce qui m'apporta une expérience enrichissante.

Après mon service militaire, je retrouvai " la génération Signe de Piste " et, poussé à la fois par Jean-Claude Alain (qui avait fondé la collection Jamborée) et par Dalens et Foncine, je me mis à écrire un roman sur la guerre d'Indochine: " Minh de la rivière Thaï ". Ce fut assez laborieux et ce fut à ce moment que j'entrai dans les dessous de l'Edition. Etant en période de froid avec J.-C.A., je proposai mon manuscrit à Dalens et Foncine aui co-dirigeaient la collection Signe de Piste à cette époque. Ils trouvèrent le texte intéressant et y apportèrent de nombreuses corrections secondaires mais " exigèrent " que je fasse une seconde partie où mes héros se retrouveraient en France. C'était une erreur, mais je ne pouvais m'opposer à leurs exigences sous peine de voir mon manuscrit refusé. Il fallut donc m'exécuter de mauvaise grâce. Je fournis à Joubert une forte documentation sur la guerre d'Indochine (des tas de revues militaires). Il illustra d'une façon magistrale les passages que je lui avais suggérés. Il est vrai que mes descriptions étaient très précises, mais je n'aurais pu imaginer moi-même quelque chose de plus véridique.

Outre son talent artistique pur, son métier, sa documentation exceptionnelle, Joubert a l'extrême mérite d'être un parfait illustrateur, fidèle à l'esprit des romanciers.
Par contre, lorsque je lui demandai de me rendre la documentation que je lui avais fournie, il me répondit qu'un de ses fils en avait fait des découpages ! Je suppose plutôt qu'elle a enrichi sa documentation et lui pardonne bien volontiers.

Par la suite, je pondis quelques autres romans, hélas refusés pour des raisons valables pour certaines, et beaucoup moins pour d'autres.

Toutes ces raisons me firent prendre une certaine distance vis à vis de " la génération Signe de Piste ". D'un adolescent assez innocent, j'étais devenu un homme bien plus sceptique. Plus d'idoles, de maîtres, de pontifs. Ce qui ne m'empécha pas de conserver des amitiés solides avec des hommes aussi différents que Dalens, J.-C.A., Alain Arvel et Antoine de Briclau.

Il y a belle lurette que l'époque de la rue Garancière est révolue et même le magasin qui prit la suite presqu'en face, tenu par de charmantes dames.

Que faut-il attendre de Fleurus ? Pour moi: rien. Tout en espérant sincèrement me tromper. Pour le reste, pas mal de bonne volontés, hélas trop dispersées. C'est une véritable diaspora de l'ex-collection Signe de Piste.

Il faudrait une conjonction de trop d'éléments pour que le miracle de la résurrection se produise. Mais en période de Pâques, c'est le moment où jamais de croire.

Jean-Marie Dancourt,
27 mars 1999.

Page d'accueil | Petite histoire
d'une grande collection | Auteurs et
illustrateurs | Les livres | Les Amis du
Signe de Piste | Actualités - Agenda
Événements | Liens

Avril 2008, l'évènement Signe de Piste : Expositions et dédicaces à Paris et Versailles

© Avril 2008 - Les Amis du Signe de Piste - Informations légales - Pour nous contacter