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Jean-Louis FONCINE
Etat civil :

Né en 1912  à Homecourt (54) décédé en janvier 2005. 

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Biographie :

Cet auteur prolifique fut un des créateurs et des principaux animateurs de la collection Signe de Piste et de la revue Scout dont il fut un temps  rédacteur en chef (1945-1947). Il a lui-même conté sa biographie partielle (période avant et pendant la guerre de 39-45) dans un ouvrage magistral en deux tomes : Un si long orage.

Jeune scout en compagnie de Pierre Joubert puis chef de troupe, bien que diplômé d'Etudes Supérieures de Droit et de l'Ecole des Sciences Politiques, Jean-Louis Foncine s'écarta de la filière juridique pour se consacrer à ses deux passions: la littérature et le journalisme.

Il fut successivement rédacteur en chef du journal "Scout" (1945-47), secrétaire général de la rédaction à "France-Magazine" (1947-49), directeur délégué des "Dépêches" de Besançon (1960-74) et rédacteur culturel et religieux à ce journal puis à l' "Est Républicain".

Directeur littéraire aux éditions Alsatia (1960-73), il fut, avec Serge Dalens, le directeur et l'animateur des collections Signe de Piste. Il dirigea également une librairie « Signe de Piste » à Paris avant de se consacrer uniquement à sa profession d’auteur.

La plupart de ses romans furent des « best-sellers » de la collection et ont fait l’objet de nombreuses rééditions : La Bande des Ayacks (dont fut tiré un feuilleton TV), le Relais de la Chance au Roy, Le foulard de sang, Les forts et les purs et les enquêtes de Mik le chat-tigre (en collaboration avec Serge Dalens). Il sut retraduire en roman son expérience du scoutisme et de la jeunesse, avec réalisme , idéal et humour. Il écrivit également une histoire du scoutisme :Scouts du monde entier). Jusqu’à la fin de sa vie Jean-Louis Foncine soutint les efforts fait en faveur de la collection Signe de Piste et de sa perennité.

 


Bibliographie :

Chroniques du Pays perdu :
- La Bande des Ayacks,  1938
- Le Relais de la Chance au Roy, 1941
- La forêt qui n'en finit pas, 1949
- Le Foulard de Sang,1946
(Les 3 premiers romans sont également parus en bandes-dessinées )
Les Forts et les Purs, 1951
Le glaive de Cologne, 1954
La caverne aux épaves 1958
Les canards sauvages,1979
Le trésor de la Sonora, 1966, sous le pseudonyme Charles Vaudémont
Contes des Pays Perdus, 1993
 
(En collaboration avec Serge Dalens) :
Le jeu sans frontières, 1947
Les Fils de Christian, 1977
Les Enquêtes du Chat-Tigre sous le pseudonyme de Mik Fondal,.
L'Auberge des Trois Guépards , 1956
Les Galapiats de la Rue Haute, 1957 (également en bande dessinée en 1991)
L'Assassinat du Duc de Guise, 1957
Pas de chewing-gum pour Pataugas, 1957
Le Piano des Princes Darnakine, 1958
La Bible de Chambertin (avec Jean-François Bazin)  1959
La D.S. de Creil, 1961
Télémik ou le crime de Mitou 1962
La Guêpe et les Frelons, 1960
Panique sur la Butte, 1975
Hier, la liberté (avec Jean-François Pays) 1976
Versailles-Vougeot ou l'affaire de Larches, 1983
Mik et la pierre du Soleil, 1987
Le Lys éclaboussé (avec Antoine de Briclau), 1992
L'affaire Marmouset, 2000
 
Hors collection :
Scouts du monde entier, 1955
Entracte. Chronique d'une jeunesse, 1981
Un si long orage, chronique d'une jeunesse :
1. Les Enfants trahis,1995
2. Les Eaux vertes de la Flohä, 1995

Hommage :

Il est de nombreuses façons de rendre hommage à ceux qui sont partis vers un monde meilleur et qu'on affectionnait tout particulièrement... élever un monument...faire dire des messes si on est croyant...aligner des discours dithyrambiques en ressassant les mérites du défunt...ou plus simplement parler de celui qui a tant compté. J'ai opté pour cette dernière solution plus en rapport avec la modestie naturelle de cet écrivain.

Ainsi que le soulignait notre rédacteur'chef (Alain Jamot) dans un message :" Si Pierre Lamoureux a quitté ce monde après une vie bien remplie, Jean-Louis Foncine demeure à jamais bien vivant par ses écrits et par les joies qu'il nous a données au travers de ceux-ci (et qu'il donnera encore à tous ceux qui le découvriront).

Rappeler sa biographie serait bien orgueilleux d'autant qu'il l'a déjà fait lui-même avec beaucoup de talent dans les deux tomes de ses souvenirs de jeunesse et de guerre : Un si long orage

Pour parler tout simplement de Jean-Louis Foncine comme on aurait pu le faire, entre amis, après la veillée, autour du feu de bois. Pour dire tout ce qu'il nous a apporté et tout l'espoir qu'il a pu faire naître dans les cœurs de plusieurs générations de jeunes et moins jeunes lecteurs, scouts ou non.

Son œuvre, on pourra la retrouver dans cet amalgame non exhaustif de couvertures diverses qui résume mieux sa carrière qu'un long discours. Ne s'y trouvent ni ses traductions, ni ses participations aux différentes La Fusée (7 en tout) et encore moins ses interventions auprès d'autres auteurs moins chevronnés bien que talentueux.

On a souvent comparé Jean-Louis Foncine (il l'avait dit lui-même) comme auteur de La bande des Ayacks à Louis Pergaud auteur de La guerre des boutons (dont furent tirés deux films : La guerre des gosses de Jacques Daroy en 1936 et la guerre des boutons d'Yves Robert en 1961). La bande des Ayacks fit l'objet d'un téléfilm, discutable, dans les années 60. Si les deux livres traitent de bandes d'enfants, c'est la leur seul point de comparaison. La situation, le style jeune et imagé s'y prête mais c'est oublier que le roman d'aventure de Foncine n'est que prétexte à mettre en avant les qualités du scoutisme (ses héros adultes sont scouts ou presque pour ce qui concerne monsieur Angeli) et celles d'une bande de jeunes anarchistes qui refusent les lois rigides des adultes. A noter toutefois qu'ils sont eux-mêmes organisés suivant une hiérarchie qui fait appel à la force, comme dans les meutes.
Le plus fort est le chef, il est également le plus malin, et il mène sa troupe au combat en dépit des faiblesses humaines qu'il peut rencontrer: jalousie, dissensions, trahisons etc... Il s'agit pas, dans ce roman, d'une guerre de bandes rivales mais bien de la révolte d'enfants naïfs face à la veulerie intéressée des grandes personnes. Une véritable parabole traitée avec humour.

D'autres auteurs s'y sont essayés avec plus ou moins de succès, mais n'ont jamais égalé le succès de ce Clochemerle Franc-comtois dépeint par Jean-louis Foncine et illustré par son complice de jeunesse Pierre Joubert. Il excellait dans les descriptions et les histoires de son Pays Perdu et les nouvelles qu'il fit paraître dans Le Foulard de Sang nous fascinent par l'humour ou l'émotion profonde qui s'en dégagent. Quoi de plus savoureux que les aventures de Grenouille, de la 1ère Les Halles (ancienne troupe de Joubert) avec le code d'honneur des Cadavers ? Émouvantesces histoires d'enfance au temps ou les gosses jouaient encore aux indiens dans les bois et non sur une console (Les lingots d'or de la rivière du vent). Des nouvelles comme La timbale d'Argent ou le sacrifice (où il nous conte la vraie fin tragique de son cousin Furet) m'ont tirées les larmes des yeux.

Quant au Foulard de Sang, il a fait vibrer et fait vibrer encore de nombreux jeunes scouts . Il exalte à la récompense suprême ceux qui se sont distingués par leur bravoure ou leur abnégation...Une sorte de Légion d'Honneur pour ados !

Sur le plan grand jeu mystérieux, on a pas encore fait mieux que Le Relais de la Chance au Roy et La Forêt qui n'en finit pas où il a su mêler avec une grande habileté l'histoire de France, le jeu, la vie scoute et le suspense. Quel enfant ou quel adolescent n'a pas été tenté, après lecture, de revivre les mêmes aventures en camp ou en explo de patrouille?

Saurait-on demeurer impassible à la lecture des Forts et des Purs ou du Glaive de Cologne, romans d'après guerre sur fond de paix entre les deux ennemis pour créer l'Europe d'aujourd'hui?

A la lecture des différents romans de Jean-Louis Foncine, on est frappé par leur diversité de ton et de style qui varient suivant le sujet traité. Un idée préside à l'ensemble, donner la parole à la jeunesse pour faire oublier les erreurs des adultes. On notera que sa connaissance des jeunes et son expérience du scoutisme rendent ses dialogues vivants et bien réels, ce qui n'est pas toujours le cas chez des auteurs souvent emphatiques pour mieux transmettre leurs idées.

On a cru déceler chez lui une profonde admiration pour le peuple allemand...pas pour l'envahisseur nazi, mais pour le peuple courageux qui se reconstruisait sur un passé dont il avait honte. Né à l'est de l'hexagone, parlant la langue de Goethe et étant demeuré plusieurs années prisonnier itinérant de l'autre côté du Rhin, il a su apprécier nos cousins Germains et ce pays mystérieux. Il y a en Forêt Noire d'autres Pays Perdus qui ont du l'inspirer.

De son passage important dans l'organisation du scoutisme, il fut rédacteur en chef de la revue Scout, il a conservé le souci de transmettre les grands principes: amour de la famille, de la patrie, de la nature, de la paix, du prochain... De grands sentiments forts comme l'amitié qu'on retrouve tout au long de ses écrits. Nous devons également à Jean-Louis Foncine cet ouvrage de référence, illustré d'aquarelles de Pierre Joubert, Scouts du monde entier qui narre l'aventure du scoutisme depuis Baden-Powel jusqu'au Raiders de 1955.

C'est avec Le Jeu sans frontières que Jean-Louis Foncine entame une collaboration littéraire avec Serge Dalens. De ce premier roman réussi, qui nous entraîne à travers l'Europe, naîtra plus tard une association à la Boileau et Narcejac. Ce polar scout dont la trame est l'enlèvement d'une jeune vedette de cinéma rencontre le succès et donne aux auteurs l'envie de mener l'expérience plus loin.

Pourtant il leur faudra près de vingt ans pour recommencer en créant un jeune et sympathique détective en culottes courtes Michel Mercadier dit Mik, le chat-tigre. Alternant l'écriture des différents épisodes, faisant parfois appel à l'aide extérieure, sous le pseudo de Mik Fondal, Foncine et Dalens vont faire paraître 13 aventures policières en 24 ans, le dernier écrit l'ayant été par Foncine après le décès de Dalens. Ils ont tous rencontré un succès mérité auprès des jeunes lecteurs. Le sérieux de Dalens étant compensé par la fantaisie de Foncine, les romans nous promènent de Versailles à la Franche-Comté en passant par la Bretagne et les vignobles bourguignons. Le détective est entouré de nombreux personnages secondaires qui donnent du piquant à ses aventures : Tonton Mercadier juge d'instruction à Versailles, ses cinq filles toutes plus dynamiques les une que les autres (et un peu amoureuses de leur cousin), le commissaire Fortier qui assure l'officialisation des interventions de Mik, la Guêpe qui ne laisse pas le jeune homme indifférent, le Mitou devenu son ami comme Nicolas Fortier ou les galapiats de Champotte etc... Chaque épisode tient en haleine le lecteur tout en demeurant dans l'esprit de jeunesse et de gaieté d'un polar pour ados. C'est une série à part dans la liste des Signe de Piste, presque une parenthèse de décontraction cérébrale au milieu de sujets plus sérieux.

Jusqu'à ses derniers mois, Jean-louis Foncine, en dépit de son grand âge, de ses problèmes de vue et de la maladie de son épouse décédée quelques mois avant lui, soutiendra les efforts de tous ceux, jeunes ou moins jeunes, qui étaient attachés à la collection, à sa survie, ou pour le moins à la réédition des textes les plus significatifs de l'esprit SdP. Il continuera à participer à de longues et fatigantes séances de signatures au cours de salons pour aider de son mieux les éditeurs ayant reprit le flambeau et tout particulièrement son ami Alain Gout, qu'il ne manquait pas de recommander aux admirateurs qui le contactaient.
 
M.B. - 2005